Que s'est-il passé? Une avalanche d'obligations, telle un typhon, aurait-elle balayé ces moments de grâce et de bonheur exceptionnels?

A première vue, c'est le sentiment fugace de la rédactrice qui s'installe enfin paisiblement devant son écran en ce début de week-end.

Mais NON! Nous ne nous laisserons pas abattre par la routine, le stress et la morosité. Nous avons emmaganisé tant de pépites de zénitude et de bien-être que nous sommes prêts à affronter cette nouvelle année et son lot d'épreuves.

Revenons à notre périple. Accordons quelques lignes de commentaire à la tentaculaire, tournoyante, déroutante Bangkok. Ce qui frappe avant tout en pénétrant dans la mégapole, c'est la colonisation de l'espace par des engins roulants en tous genres sur d'interminables et larges serpentins routiers, souvent à 4 voies x 2 et qui s'entrecroisent sur plusieurs niveaux. Impressionnant!15 Millions d'habitants! où sont-ils? Y a t-il de la place pour l'individu?

Heureusement que nous avions trouvé un hôtel havre de paix au milieu des buildings du quartier des affaires de Chatuchak pour récupérer de nos promenades harassantes dans la ville. Si la traversée des artères s'est révélée mission périlleuse, la déambulation sur les trottoirs s'est également avérée épique.  Nous avons découvert une foule grouillante, plus nombreuse encore en soirée, se faufilant péniblement mais sans agacement visible, sans agressivité au travers d'innombrables éventaires de restauration, de fringues, de chaussures, de produits de beauté, de gadgets, tous installés provisoirement sur ces bas côtés étroits. Une vision du shopping très dépaysante mais épuisante. Nous sommes restés raisonnables car trop étourdis voire oppressés pour saisir l'opportunité de faire des affaires.

Bien sûr, loin du brouhaha des quartiers peuplés de la capitale, nous avons découvert avec saisissement, les joyaux majestueux que sont le Wat Phra Keo et le Grand Palais, visibles de loin avec leurs flèches dorées, leurs toits ornés de pierreries et de tessons de céramique chamarrés. Ce quartier royal nous plonge hors du temps dans l'univers mythologique thaï peuplé de démons géants chargés de repousser les mauvais esprits, de lions de bronze gardant des portes toutes d'or et de nacre, de garudas et de multiples  Bouddhas. Le sanctuaire principal abrite la statue la plus vénérée de Thaïlande, le Bouddha d'émeraude ( en fait de jade) que le roi revêt, selon les saisons, d'une tunique dorée ornée de diamants, d'une robe d'or émaillée de bleu ou d'une robe aux mailles d'or pur.  Au grand désespoir de Noé, il n'était pas visible le jour de notre visite. Nous avons satisfait sa curiosité en acquérant un livret de commentaires et photos en français, pour une fois! 

Autre curiosité du lieu: nous sommes tombés devant une étonnante maquette en pierre du temple d'Angkor qui rappelle que le Cambodge fut autrefois le vassal de la Thaïlande. Enfin, après cet étourdissement de couleurs miroitantes, nous sommes partis admirer le Bouddha doré couché de 49m du Wat Pho. Pieds nus, le monde entier, bouddhistes et non boudhistes se pressent pour témoigner leur foi avec grande ferveur. Qui de déposer des bouquets de jasmin, des boutons de lotus, des bâtons d'encens, des offrandes de nourriture ou de produits non périssables; certains jettent des piècettes de monnaie dans des vases de bronze pour "réveiller" l'Eveillé. La musique des espèces sonnantes et des gongs constamment frappés participe pour beaucoup à l'étrangeté des lieux. Nous sommes touchés par ce spectacle vivant de la foi bouddhiste.

Le lendemain, tentative de visiter le palais Vimanmek....fermé le lundi depuis peu. Qu'à cela ne tienne, trop de culture nuit à la culture! Nous partons explorer le zoo du parc Dusit. Belle surprise d'un vaste jardin qui nous fait découvrir la faune asiatique. Nous sommes restés fascinés par les nombreux spécimens de reptiles d'un immense terrarium (la Thaïlande est vraiment le pays des serpents), nous avons vu de magnifiques oiseaux exotiques; je suis tombée sous le charme d'un couple de tigres blancs. Bref, petits et grands ont vraiment apprécié ce retour à la nature en pleine ville.

Notre dernier choix de visite s'est porté sur la maison de Jim Thompson, magnifique demeure traditionnelle empreinte du charme du passé, perdue au coeur de la ville moderne. Nous n'avons pas été décus. Ce riche américain féru de culture thaïe a fait construire une spacieuse maison en teck de style Ayuthaya en rachetant et assemblant 6 maisons anciennes autour d'un petit jardin paradisiaque. Amateur d'art éclairé, il a acquis des oeuvres birmanes, thaïes et chinoises remarquables qu'il a rassemblées dans cette demeure. C'est un lieu de beauté et de quiétude exceptionnel auquel nous avons pleinement goûté d'autant que pour une fois nous étions accompagnés d'une adorable guide parlant le français. Nous l'avons quitté sereins et heureux  d'emporter avec nous cette dernière image de Bangkok.

La suite ne fut qu'un enchaînement inoui de déplacements en tous genres (sky train, métro, taxis, avion, bus, voiture) pour regagner notre sol natal.

La bouble est bouclée: Noé, Tristan, Salomé, Luc et Agnès ont dans les yeux une étincelle de bonheur qui ne mourra jamais.